
Dans les laboratoires de recherche, les incubateurs de start-ups et les amphithéâtres des écoles d’ingénieurs, une réalité s’impose : la révolution de l’intelligence artificielle en Tunisie se conjugue en grande partie au féminin. Alors que le pays se positionne au deuxième rang africain pour la préparation de ses talents à l’IA, les Tunisiennes s’imposent comme les véritables piliers de cet écosystème d’avenir, bravant les stéréotypes de genre et les plafonds de verre économiques.
Une présence record dans les filières scientifiques
Contrairement aux idées reçues et aux tendances observées en Occident, où les femmes restent minoritaires dans les technologies, la Tunisie affiche un taux d’étudiantes d’environ 60 % dans les filières STEM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques). Les branches spécialisées en science des données et en intelligence artificielle ne font pas exception.
De l’Université de Tunis El Manar à l’ENSI (École Nationale des Sciences de l’Informatique), les bancs de formation en IA débordent de jeunes Tunisiennes brillantes. Ce dynamisme académique nourrit directement la recherche. Au sein de structures comme l’Association Tunisienne pour l’Intelligence Artificielle (ATIA), des chercheuses publient des travaux de pointe, contribuant activement aux 1 500 articles scientifiques qui font la fierté de la recherche nationale.
Entrepreneuriat : Coder pour un impact social et économique
Au-delà de la théorie, les femmes tunisiennes traduisent l’IA en solutions concrètes pour la société. On les retrouve à la tête de start-ups innovantes qui appliquent les algorithmes à des secteurs vitaux :
- La santé connectée : Développement d’outils d’IA pour l’aide au diagnostic précoce du cancer du sein ou des maladies cardiovasculaires.
- L’agritech : Conception de solutions pour optimiser l’irrigation face au stress hydrique qui frappe la Tunisie.
- L’inclusion financière : Création d’algorithmes facilitant l’accès au microcrédit pour les artisanes et les femmes rurales.
« L’IA est un formidable égaliseur pour les femmes en Tunisie », confie une jeune entrepreneuse lauréate d’un prix tech régional. « Elle nous permet de créer de la valeur à forte intensité technologique depuis Tunis, tout en étant compétitives à l’échelle internationale. »
Le double défi : Plafond de verre et fuite des cerveaux
Pourtant, le parcours reste semé d’embûches. Bien qu’elles soient majoritaires sur les bancs des universités, les Tunisiennes se heurtent encore à des obstacles structurels lorsqu’il s’agit d’accéder aux postes de haute direction dans les grandes entreprises technologiques ou de lever des fonds auprès de fonds de capital-risque, souvent dominés par les hommes.
À cela s’ajoute le phénomène de la fuite des cerveaux. Très courtisées par les entreprises européennes et nord-américaines pour leur rigueur et leurs compétences techniques, les ingénieures tunisiennes en IA s’exilent en masse. Si cet exil est une reconnaissance de leur talent, il représente une perte immense pour le tissu économique local, qui peine à leur offrir des salaires et un cadre de vie à la hauteur de leurs aspirations.
Bâtir l’avenir de l’IA au féminin
Pour que la Tunisie capitalise pleinement sur cette force vive, l’écosystème doit évoluer. Cela passe par des programmes d’accompagnement spécifiques, des réseaux de mentorat (à l’instar des initiatives Women in AI ou Women in Tech) et une volonté politique d’intégrer davantage de femmes dans les comités qui façonneront la tant attendue stratégie nationale de l’IA.
En Tunisie, l’intelligence artificielle n’est pas seulement une question d’algorithmes et de supercalculateurs ; elle repose sur le talent, l’ambition et la résilience de ses femmes.





